L'activité sociale préférée des femmes turques (astuce économe inside)

par pelin

Les gün ! Vous connaissez ?

Aujourd’hui, on va parler de culture turque et notamment d’un concept très répandu en Turquie, qui existe sûrement dans d’autres pays sous d’autres formes. Il s’agit d’une activité particulièrement fascinante qui mérite qu’on s’y attarde. Celle-ci est devenue une pratique sociale à grands enjeux comme je vous l’explique plus bas dans l’article. J’ai nommé le Gün.


Si on traduit ce mot, il signifie « la journée » et pour cause, il correspond à des journées organisées par des femmes, souvent au foyer mais pas que, on va voir ça plus bas, qui se réunissent le temps de quelques heures en pleine journée pour passer un moment ensemble. Jusque là, on pourrait croire qu’il s’agit d’une classique « mâtinée » où ces dames se réunissent chaque semaine pour divers échanges et conversations comme elles en faisaient beaucoup plus fréquemment d’antan. Avec les gün, on est pas loin, mais les différents critères qui se réunissent pour former ces événements vont un peu plus loin que le basique thé de 4h pris entre voisine.  

Quelles sont les conditions qui forment un bon gün ?

·    Qui participe aux gün ? Il s’agit souvent d’un groupe de femmes, allant de 4 à 20 participantes : des voisines, des femmes de la même famille, des copines, des jeunes mamans, des collègues…
·    Quelle fréquence de réunion ? Une fois par mois ou par semaine. Il faut un rythme régulier. C’est un engagement sur longue durée. Pour être plus précise, c’est un engagement qui dure autant que le nombre de participantes… En effet, chaque boucle de réunion est composé, par semaine ou par mois, par le nombre de personnes qui s’engagent à venir à toutes les réunions, et pour cause, l’enjeu est de taille…
·        On y fait quoi? Le programme est assez simple bien que chargé et se décompose ainsi:

– Accueil des invités, première conversation de prise de nouvelles courtoise.
– Présentation de la table à manger qui sera le buffet de ses dames, la vedette le temps de quelques heures…
– Dégustation des nombreuses variétés de plats/mezzes salées toujours plus ingénieuses (et parfois à la limite du farfelu) pour impressionner la galerie exigeante qui fait mine de tout aimer mais qui en réalité donne une note à chaque mets dans sa grille de notation mentale.
– Discussion plus approfondie avec prise de nouvelles des personnes qui n’ont pas été conviées à cette réunion académique sous forme de ragots enjolivés.
– En option, les groupes de femmes les plus pieuses rajoutent une dimension religieuse avec lecture de prières bienveillantes.
– Énième discussion plus poussée sur les réels problèmes économico-politico-culturello-relationnels auxquelles elles sont confrontées dans leur quotidien du foyer conjugale tous les jours.
– Dégustation en pompe d’une plâtré de desserts qui donneraient le diabète à un anorexique. 
– Enfin, échange du bien.
L’échange du bien
Le but premier du gün est de se réunir pour passer le temps ensemble, avoir un moment entre copines et garder des liens forts
sur la durée tout en montrant ses talents culinaires. Mais les fameux gün rajoutent un côté pimenté à ces réunions avec une caractéristique qui est dorénavant devenue la principale raison de toute cette organisation, surtout dans les milieux populaires.

En effet, à la première réunion, les participantes sont annoncées, leur numéro de tour est attribué, le bien est décidé et à chaque rassemblement, chacune d’entre-elles devra apporter avec elle ce bien, sauf l’hôte du jour qui récupérera la cagnotte. A l’origine, le bien dont je parle était une pièce d’or, un objet culturellement fait pour économiser. On appelait d’ailleurs ces journées “Altin Günü”, la journée de l’or. Mais l’économie de la Turquie étant dans ses jours compliquées, les gün sont d’autant plus nécessaires, mais les pièces d’or étant trop chers, une somme d’argent fixe allant de 100 à 500 TL est privilégiée.
Pour exemple: disons que vous prenez place dans un gün où il y a 12 participantes qui se réunissent tous les mois avec une participation déterminée à 200 TL, la boucle durera 12 mois (1 an) et un mois de cette année-là, le mois où vous accueillerez les convives chez vous, vous aurez la chance de recevoir la somme de 2 400 TL d’un coup.
Vous pouvez trouver cette pratique étrange, mais elle est très importante pour les turcs qui ont du mal à économiser et qui ont plus l’habitude de vivre sur des crédits…

Il y a encore quelques années, ces gün étaient plutôt pris comme des shows pour montrer ses capacités culinaires et hospitalières aux homologues, et l’hôte dépensaient au mieux autant que la mise du gün cependant, les temps étant de plus en plus durs, les participantes font de plus en plus attention à leur dépense et voient réellement cette opportunité pour économiser de l’argent qui pourra servir en cas de besoin.
Le gün est à la mode
Jusqu’à présent, les gün étaient culturellement associés uniquement aux femmes aux foyers et la population de cols blancs en riaient vraiment se disant que ces bonnes femmes n’avaient vraiment rien à faire. Or ces dernières années, je remarque que désormais, tout le monde fait des gün, même les membres d’entreprises, les cadres, les hommes etc… La seule différence est que ces groupes-là ne se réunissent pas forcement et ne partagent pas forcement un moment ensemble. Ils créent le groupe WhatsApp du gün et à chaque tour, la personne qui doit recevoir la cagnotte envoie son numéro IBAN pour récupération. Malin non ?
Que pensez-vous de cette pratique ? Connaissez-vous d’autres pays où une pratique similaire est appliquée ? A quand votre participation à un gün ?  Il n’y a pas d’âge pour participer, voyez-vous :

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