Babasının kızı ♥

On m'a toujours dit que je ressemblais à mon père. 


Rajoutez-moi une moustache, un peu de sourcils, coupez-moi les cheveux, retirez-moi le iPhone greffé à ma main et remplacez-le par le Nokia le plus basique ... Et le voilà. Mon cher papa... On peut dire que je suis fière de notre ressemblance. C'est plus qu'un honneur pour moi que l'on pense à lui lorsque l'on me regarde, surtout depuis qu'il est parti...

J'ai toujours été une fille à Papa. Babasının kızı derler ya... 
Il était ma plus grande inspiration, mon modèle et surtout mon guide. Je lui demandais son avis à propos de tout et n'importe quoi, et il aimait que je sois curieuse. Curieuse de la vie, de la politique, de l'économie, de la philosophie et surtout de son opinion. Il me conseillait toujours de lire des livres. Ses préférés étaient ceux de Maxime Gorki et Emile Zola. Mon papa était un politicien-philosophe dans l'âme et aimait savoir que j'étais de son côté. 

Quand j'étais ado, il insistait pour avoir de longues conversations sérieuse avec moi. Et comme nous sommes tous les deux des couche-tard, une fois ma maman couchée, il me demandait de quitter mon précieux ordinateur pour m'asseoir avec lui. On commençait par un silence. Il regardait les informations en attendant que j'ouvre un sujet. Finalement, je posais une question, puis il entamait un monologue de 5 min. Enfin, une fois que j'avais de nouveau le droit à la parole, la fluidité de notre conversation nous faisait oublier les minutes, voire même les heures passer. Je lui posais des dizaines de questions, et il répondait sans se lasser. Politique, géopolitique, religions, football (pour lui faire plaisir), sociologie.. tous les sujets y passaient. Enfin, après un soupire, un second silence et une satisfaction de la conversation, il se retirait pour aller dormir. C'était notre petit moment.

On se taquinait beaucoup. Il me donnait des surnoms que l'on ne pourrait pas traduire en français. Il me disait toujours que j'avais de la chance d'avoir hérité de ses gènes (modestie incarnée). Pour me remonter le moral dans mes moments d'adolescente pleurnicheuse, il me disait: "tu es grande, belle, et PRESQUE intelligente, arrête de pleurer!". Puis il faisait une grimace pour m'imiter et se moquer.

Il me disait qu'une belle femme est une femme au cou long et fin. C'était pour lui un signe de féminité. Il voulait que je prenne soin de moi, mais dès que je m'apprêtais un peu trop, il me disait: "tu as demandé l'autorisation à qui pour sortir jolie comme ça?". 

Il me conseillait beaucoup sur comment être une bonne personne avant tout. Ses conseils étaient pour la plupart très avisés mais je ne les appliquais qu'à moitié:

- Ne te fâche jamais avec tes proches 
- N'emprunte jamais d'argent, vis avec ce que tu as
- Ne dépend de personne, sois capable de t'assumer
- Arrête de te prendre pour le centre du monde (ahah, il l'aimait bien, celle-là)..
- Parle avec les gens, quand tu vas dans un lieu, parle avec le boulanger, le primeur, la pharmacienne, sociabilise-toi... 
- Pense qu'il y a toujours quelqu'un plus à plaindre que toi sur cette terre
- Ne sois pas trop gourmande dans la vie. Devenir riche ou physiquement parfaite ne t'apportera pas le bonheur 
- Quoi que tu fasses, il y aura des personnes qui ne t'aimeront pas et seront des obstacles dans ta vie. Ne les confronte pas, ne t'en attriste pas, ils épuiseront ton énergie pour rien
- Sois plus généreuse. 

Et encore plein d'autres... 

Mon papa, je ne l'ai vu pleurer qu'une fois dans ma vie, et c'était devant le film Babam ve Oglum. Apparemment, il avait pleuré à l'enterrement de sa propre maman aussi. C'était un dur... Un vrai papa turc avec la moustache et le chapelet à la main. D'ailleurs, son surnom était Castro, en rappel à Fidel, car selon ses frères, étant plus jeune, il était un peu dictateur sur les bords... Il aimait se bagarrer pour ses idées et n'avait peur de personne, à part sa maman :)

Il disait toujours qu'il pensait que je ne devais pas me marier. La raison principale était selon lui que personne ne pourrait me supporter autant que lui me supportait, mais en réalité, je sais qu'il voulait me garder pour lui.
Il m'a toujours soutenu et encouragé dans mes expéditions lointains. Il pensait que cela me forgerait. Donc lorsque je lui ai annoncé que je partais en Amérique du Sud, pour quelques mois, toute seule alors que je n'avais que 19 ans, il a dit oui. Même si j'ai bien remarqué que sa ride du front en avait pris un coup...

Lorsque j'ai emménagé à Istanbul, il était heureux. Sa fille repartait dans le pays de son enfance. Mais je lui manquais. Parfois, quand je laissais trop d'espace entre deux appels, il faisait sonner mon téléphone. Je rappelais et il me disait: "ah, j'ai pas fait exprès, ça a appelé tout seul... Sinon, quoi de neuf?" - "naber nasilsin bakim, keyfin yerinde herhalde, hic aramiyorsun?"... D'ailleurs, dans son téléphone, je n'étais pas enregistrée en tant que "Pelin" ou "Ma fille", mais en tant que "A Pelin". Comme ça, j'étais la première personne de son répertoire et il pouvait me trouver sans mettre ses lunettes...

La phrase standard qui dit que l'on ne se rend compte des choses les plus précieuses pour nous qu'une fois qu'on les a perdu n'est pas vide de sens. Profitons de nos proches tant qu'ils sont là, en bonne santé et prêts à rendre cet amour que nous leur portons. N'attendons pas le dernier moment pour se pardonner, se parler, s'écouter. Prenons le temps de discuter les uns avec les autres. Le temps passe vite, et la vie aussi...

Il était l'homme de ma vie. J'étais la prunelle de ses yeux. Il voulait que je sois heureuse. Il me répétait toujours que j'avais tout pour être heureuse. Il m'a beaucoup donné, beaucoup guidé, beaucoup soutenu et je le remercie de m'avoir attendu. BABAM  

7 commentaires:

  1. cher pelin

    article très touchante! ont te lisant j avais les larmes au yeux, tous que je peut te dire, sois comme ton papa la souhaiter . tu est une fierté pour lui dieu avec toi princesse.

    fatima

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  2. Bonjour pelin
    Que dieu te donne la force pour affronter le manque de ton papa , je sais ce que tu ressens mon pere nous a quitté depuis presque 9 ans et jamais on 'a pu oublié sa place dans notre famille ces conversations.....

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  3. Bonjour pelin
    Que dieu te donne la force pour affronter le manque de ton papa , je sais ce que tu ressens mon pere nous a quitté depuis presque 9 ans et jamais on 'a pu oublié sa place dans notre famille ces conversations.....

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  4. Quel bel hommage à ton père. C'est bien que tu ai noté sur "papier" tes souvenirs, ses conseils, ses expressions, vos ressentis, ... Au fil du temps et des moments de ta vie, tu reliras ces mots et ton cœur se remplira à nouveau de l'affection que te portait ton père. Prends soin de toi. Amicalement. Anne-Françoise.

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  5. Ton article est superbe! Un hommage magnifique pour ton papa <3
    Prends soin de toi ma chérie.
    Gros bisous
    Laure

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  6. ay.... Allah rahmet eylesin...
    j'en ai pleuré; les même conseils me sont donné par mon papa alors comment ne pas etre touché... (sauf que le mien n'a pas voulu que j'aille aux USA, "trop loin, on ne sait jamais, imagines tu as envie de rentrer plus tôt, et si ça ne te plaisait pas (et pleins d'autres situations qui auraient pu me donner l'envie de rentrer....!!) alors j'ai choisi l'Angleterre ;) . En ce moment avec mon mari (car moi je suis mariée :); nous envisageons de nous installer en Turquie...

    C'est une chance quand on a une relation particuliere avec son papa... c'est pour ça que j'essaie d'en profiter....

    ôptûm....

    NUR

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  7. Merci Nur et les autres pour vos messages... <3

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